LA RÉGION DES SAVANES N’A PAS BESOIN QUE L’INSÉCURITÉ S’AJOUTE À SES PROBLÈMES

Il n’y a pas d’eau à boire

A quelques petits kilomètres de Dapaong, ce village est presque l’enfer pour ceux qui y vivent. Pourquoi ? Lisez plutôt.

Comment se pose le problème de l’eau par ici ?

Boire, cuisiner ou se laver est très difficile. Il y avait un forage avec pompe manuelle. On a voulu changer cette pompe avec une qui fonctionne à l’énergie solaire, mais ça n’a pas marché. Il parait que le forage a 350 mètres de profondeur. La machine n’est pas assez puissante pour faire monter l’eau.

Et vous vous débrouillez comment alors ?

L’eau n’étant pas abondante, il a donc fallu diviser en trois groupes les femmes qui puisent. Une femme qui prend aujourd’hui doit attendre 3 jours avant d’aller encore puiser 2 bidons de 25 litres. Il y a beaucoup de gens dans certaines maisons. Les 2 bidons étant insuffisants, on escalade la montagne pour aller dans le village voisin chercher de l’eau. Il faut voir comment les femmes souffrent sur le flanc de cette montagne, avec les bidons d’eau sur la tête. Ça fait pitié, mais quoi faire ?

Pour abreuver les animaux, on récupère par terre l’eau usée qui a servi pour se doucher.

C’est toute l’année que l’eau manque ?

Quand il pleut, il y a les puits, les sources et les creux de rochers qui contiennent de l’eau. Mais cette année, ça ne va vraiment pas. Et puis comme la population augmente, l’eau ne suffit pas.

Et pour faire le tchakpalo, cette bière légendaire du peuple moba?

Depuis environ 3 mois, les femmes ont arrêté de faire la bière. Elles attendent qu’il pleuve. On cherche de l’eau simple à boire pour le moment.

Il n’y a pas d’électricité dans le village.

Non. Pour charger les portables, on négocie avec un monsieur. Il a des panneaux solaires.

Il y a un moulin ?

Il y en a trois, mais ils ne fonctionnent pas tout le temps. Quand il y a panne, on va dans le village voisin.

Une école ?

Avant, il n’y avait que le cours primaire. Après beaucoup de difficultés, on a fini par créer un collège. Pendant des années, les parents ont cotisé pour payer les enseignants volontaires avant que l’Etat finalement ne se décide à reconnaitre le CEG et le prendre en charge cette année.

Il y a un dispensaire, une pharmacie ?

Non, pour les petits problèmes de santé, on utilise les ‘‘médicaments par terre’’. Mais pour les cas sérieux ou les accouchements, nous prenons le malade sur une moto et on franchit la montagne sur plusieurs kilomètres. Parfois, c’est à pied qu’on fait le trajet. Il y a des femmes qui accouchent en route.

Est-ce que les gens mangent au moins à leur faim ?

La terre est pauvre par ici. C’est des rochers mais on a le courage et on la cultive. Cette année, la pluie n’est pas tombée et il y a plus de souffrance. Nous avons des manguiers qui poussent. Les femmes vont vendre les fruits en ville et gagnent de temps en temps un petit 2000F.

A part les enseignants, il y a-t-il des salariés ?

Il y a un site touristique. Ce sont des grottes. Ceux qui les gèrent ont aussi un petit salaire à la fin du mois. Je suis salarié, enseignant volontaire depuis 2013, après avoir échoué deux fois au bac. Je gagne 5000 francs par mois, une somme cotisée par les parents qui eux-mêmes ne trouvent pas à manger. Ils donnent 1275F par parent et par élève pour payer les 4 enseignants. Moi-même je suis père de famille avec 4 enfants. J’ai tenté plusieurs fois en vain les concours d’intégration. Cette année, j’ai encore passé le concours de recrutement dans la fonction publique et je suis dans l’attente.

Des hommes politiques viennent-ils vous voir ?

Oui, ils viennent faire des promesses. Ils nous demandent de les écouter et de patienter.           

  Réalisé par N’djo

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