UNE FILLE EN GAGE

PIECE DE THEATRE

Chers lecteurs amis du journal Sika’a, nous avons le plaisir de vous proposer cette pièce de théâtre écrite par un de nos rédacteurs, Koffi Nouatin. Pendant six jours consécutifs, une partie de la pièce sera publiée sur notre site jusqu’à la fin de l’œuvre qui avait été candidate à un concours Rfi.

Bonne lecture!

L’éducation : l’arme la plus  puissante pour changer le monde

Une fille en gage

Résumé

Encore une histoire de mariage forcé. ABOHI, cultivateur dans un village de la côte, est obligé de marier sa fille afin de se mettre en règle avec l’administration coloniale.  Mais la vente (c’est-à-dire le mariage) étant faite, il n’eut pas le temps de payer ce qu’il doit comme impôts à l’Etat. Le pays venant brusquement d’accéder à l’indépendance, toutes taxes et tous impôts furent supprimés. ABOHI décide alors de reprendre sa fille …

Personnages

NASSURA : Mère de BONKE

BONKE : Fille à marier

ABOHI : Père de BONKE

KARIBOU : Futur mari de BONKE

GOLO : Oncle de BONKE

GOLI : Oncle de BONKE

LES GARDES

ACTE : 1

Scène : 1

L’information :

Décor :

(Dans la cour de la maison, assise devant une case, une femme, NASSURA, récure les plats devant servir au repas du soir. Un jeu de lumière l’éclaire furtivement. ABOHI entre sur la scène en chantant, houe à l’épaule, visiblement fatigué. La lumière se dirige progressivement sur lui, le reste de la scène est plongée dans l’obscurité. Après les salutations d’usage, il s’apprête à rentrer dans la case, mais NASSURA l’interpelle).

NASSURA : Père, à ton absence, les gardes du commandant sont venus te chercher.

ABOHI : Que me veulent-ils encore ?

NASSURA : Tu avais promis au commandant que tu payeras l’impôt cette semaine. Je pense que…

ABOHI : Tais-toi, femme ! Ne te mêle pas des affaires qui ne regardent que nous les hommes. D’ailleurs, je les attends ici. Impôts par-ci, taxes par-là … (S’adressant à un personnage invisible) :

Suis-je forcé de payer ? Où va l’argent de toute cette injustice ?

Dans les poches du commandant et de ses maîtresses.

Jamais !

M’entends-tu?

Jamais je ne payerai plus de taxes, plus d’impôts. Si le commandant me veut, qu’il vienne me chercher lui-même. Je lui montrerai de quel bois je me chauffe.

(Riant seul, toute la scène est alors éclairée)

Vive la liberté, vive la liberté, vive  l’homme noir, vive…

(Soudain apparaissent les gardes. Ceux-ci ne le reconnaissent pas et s’adressent à sa femme. La scène se retrouve partiellement dans l’obscurité, avec le jeu de lumière sur les acteurs)

GARDE : Femme, ton mari est-il revenu des champs ?

NASSURA : Non messieurs, depuis un moment il revient tard dans la nuit.

GARDE : Ne serais-tu pas en train de mentir ?

NASSURA : Non monsieur, c’est la saison des pluies, alors il a beaucoup de travail au champ.

GARDE : Nous allons tout de même fouiller. Camarades, fouillons ces cases !

(Ils se dirigent dans l’obscurité. ABOHI profite pour se dissimuler dernière les cases. Mais il sera vite retrouvé par les gardes qui le ramènent devant sa femme en le brutalisant. Toute la scène est de nouveau éclairée).

GARDE : Filou, on t’a eu.

ABOHI : Laissez-moi !

Que vous ai-je volé ?

GARDE : Le commandant réclame ce que tu as promis : l’impôt.

ABOHI: Je n’ai pas d’argent. Ce n’est pas forcé de payer.

GARDE : Si, tout le monde doit payer !

ABOHI : Eh bien, allez dire au commandant que je ne payerai jamais. Je connais mes droits. Il peut me faire ce qu’il veut, je ne payerai pas.

GARDE : Accompagne-nous, tu le lui diras toi-même.

ABOHI : Non, allez lui  transmettre la commission.

GARDE : Viens avec nous, c’est un ordre ! (On le traine pour quitter la scène.)

Scène : 2

La résolution:

Décor :

(ABOHI est assis dans le noir, tout tremblant, avec des habits déchirés, au bord du sanglot. Debout à côté de lui, NASSURA. La lumière reste sur eux durant toute la scène.)

NASSURA : Le commandant n’a pas de cœur. Te faire cela, toi !

A-t-il oublié qui tu es ?

Ne sait-il pas que tu as tes enfants à l’école en ville et que dans peu de temps, ils deviendront des grands quelqu’un, des hommes comme il faut ?

(Le regard vide, ABOHI  s’adresse à la femme sans lever la tête)

ABOHI: Il nous faut faire venir notre fille qui est dans la grande ville.

NASSURA : Pourquoi ? Tu sais que les vacances sont encore loin !

ABOHI : Oui je sais. Mais je dois trouver l’argent pour payer le commandant, et j’ai pensé la donner en mariage au vieux KARIBOU.

NASSURA : Eh !!!  Tu penses que cette solution est la bonne ?

ABOHI : Je suis obligé. Le commandant m’a donné quinze jours pour payer. J’ai déjà discuté du mariage avec KARIBOU, il est d’accord. Il pourra me fournir la somme nécessaire si je lui donne ma fille.

NASSURA: Il nous faut donc la faire revenir au village.

ABOHI: Oui, femme. Dès demain, je vais aller voir l’écrivain public pour qu’il rédige une petite lettre pour notre fille.

(Se levant et s’adressant à sa femme en pleurs)

Femme, essuie tes larmes. Le jour vient où tout ceci ne sera plus qu’un lointain souvenir.

Le jour vient où nous serons capables de prendre notre destin en main.

De tous les quatre points cardinaux résonneront les trompettes de la liberté. Plus aucun impôt à l’homme blanc !

Mais malheur à ceux qui, voyant notre situation actuelle, pactisent avec les ennemis de la liberté. Malheur à ceux qui pactisent avec le colon.

Koffi Nouatin

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